6.
Travailler par étapes
Comme toujours, la réussite ou l'échec des mesures de
lutte contre le stress au travail dépendra dans une large mesure
de la manière dont on aborde le problème.
Il
est évident qu'il faut procéder de manière systématique,
tout en n'oubliant pas que bon nombre d'employeurs ne sont pas convaincus
de l'existence de stress, et a fortiori de l'existence d'un problème
de stress.
Par
ailleurs, une convention collective conclue au Conseil National du Travail
(CCT n° 72 du 30 mars 1999) oblige les employeurs à prévenir
et à lutter contre le stress.
La
mise au point d’un plan de stratégie syndicale est essentiel
pour réaliser notre objectif. Il s’articule en cinq étapes*.
*
Plan basé sur le "Handboek Werkstress" (Manuel pour
combattre le stress au travail) (Kompier en Marcelissen, 1993).
6.1.
Signaler le stress au travail
Si vous savez qu'il existe du stress à l'entreprise, vous devrez
faire comprendre à l'employeur la nature et l'ampleur du problème
puisque vous devrez le convaincre de remédier au problème.
C'est pourquoi, la 1e étape consistera à vérifier
si une approche systématique du stress au travail est opportune
et dans quelles sections de l'entreprise le problème est le plus
pressant. Il conviendra donc de réunir et d'étudier l'information
disponible, par exemple les données anonymes du médecin
du travail, les mutations, les réactions spontanées du
personnel et des représentants syndicaux,…
L'information
rassemblée dans la première phase aura de préférence
un caractère collectif.
Veuillez
contacter le conseiller en prévention de votre entreprise.
Le
cas échéant, l'on pourra opter à ce stade pour
la création d'un groupe de travail au sein des organes de concertation
compétents (conseil d'entreprise ou comité de prévention
et de protection au travail).
Dans
ce contexte, nous rappelons:
-
Que le CPPT veillera principalement aux conditions générales
de vie au travail (sécurité, santé, bien-être
au travail), A défaut de CPPT, la délégation
syndicale reprend les compétences de celui-ci.
-
Que le conseil d'entreprise a la compétence de prendre toute
mesure relative à l'organisation du travail et aux conditions
de travail.
-
Que la délégation syndicale prend en charge les problèmes
sociaux et que c’est aussi l’organe revendicatif qui exige
de l’employeur le respect pour le bien-être des travailleurs.
Dans
les petites entreprises sans représentation syndicale, il faudra
se mettre d'accord avec une personne qui jouit de la confiance aussi
bien de l'employeur que des travailleurs. Dans la pratique, cette personne
sera sans doute le conseiller en prévention rattaché au
Service externe de prévention et de protection au travail.
En
tous les cas, il est essentiel que la personne qui assure la coordination
bénéficie du soutien de toutes les articulations de l'entreprise
et de l'ensemble des travailleurs. La collaboration de la direction
est tout aussi importante.
6.2.
Analyse du problème
Cette étape du plan consiste en une analyse détaillée
de la charge du travail.
Les
informations recueillies sont analysées en détail, au
besoin, des renseignements complémentaires sont systématiquement
recueillis.
L’objectif
est ici d’acquérir une idée précise des agents
stressants et des possibilités de régulation du travail,
des causes et des conséquences du stress au travail.
A
cette fin, l’on peut recourir à différents outils
d’analyse tels que questionnaires et check-lists analysant par
exemple les conditions de vie au travail, le contenu des tâches,
etc…
La 2e étape se termine par l’établissement d’un
rapport succinct détaillant les facteurs de risque et les groupes
de risques au travail. Ce rapport doit être basé sur les
deux premières étapes du plan.
6.3.
Choix des mesures
Durant
cette phase on entame les discussions sur les mesures à prendre
pour éliminer les problèmes signalés. Il faudra
sans doute commencer par un inventaire des solutions possibles. Les
mesures viseront les quatre catégories de facteurs stressants
(contenu du travail, conditions de vie au travail, conditions de travail
et relations de travail) et devront respecter le bon ordre des mesures
de prévention (primaire, secondaire et tertiaire).
La
décision finale devra être prise après avoir pesé
le pour et le contre de chaque mesure proposée, en concertation
avec les parties concernées.
6.4.
Mise en œuvre des mesures
Lors de la mise en œuvre des mesures, il faudra veiller attentivement
au respect des accords passés. Les termes clés sont ici
franchise et honnêteté afin de ne pas ébranler la
confiance des travailleurs dans la sincérité de l'approche.
Dans de nombreux cas, les travailleurs auront en effet la crainte (basée
sur les expériences du passé) que les mesures visant la
prévention du stress au travail ne soient utilisées contre
eux. Dissiper cette méfiance est l'une des conditions de base
d'une politique antistress efficace. D'où l'importance de l'organisation
d'une bonne communication sur le projet et, nous ne cessons de le répéter,
du respect plein et entier des règles du jeu de la concertation
et du contrôle syndical.
Tenant
compte du fait que le stress au travail peut se produire à tous
les niveaux de l'entreprise et que la prévention est primordiale,
nous distinguons quatre types de mesures :
a)
l'approche préventive collective
C'est
l'approche la plus intelligente et donc la plus importante pour nous.
Elle implique la recherche, dans le cadre des organes de concertation
et après une large consultation de tous les intéressés
(travailleurs, employeur, experts en prévention et éventuellement
d'autres experts), de solutions susceptibles de prévenir les
problèmes éventuels après analyse et élimination
des causes, et par conséquent valables pour toute l'entreprise
et l'ensemble des travailleurs.
b)
l'approche préventive individuelle
Comme nous maintenons notre plaidoyer en faveur de la prévention,
cette approche sera notre deuxième priorité. Nous devons
tenir compte du fait que tous les travailleurs ne sont pas sensibles
de la même façon au stress.
Nos
représentants devront donc user de leur droit pour s'attaquer
à des problèmes individuels. En ce qui concerne le stress
au travail ou le manque de bien-être, cette approche individuelle
devra être organisée en étroite collaboration avec
le conseiller en prévention qui est la personne la plus compétente
en la matière.
c)
l'approche curative collective
L'échec de la politique de prévention ne signifie pas
qu'il faille baisser les bras. Il faut essayer de trouver de vraies
solutions qui soient durables et qui résolvent les problèmes
de tous les travailleurs concernés.
d)
l'approche curative individuelle
Voici
en réalité l'approche la plus facile et c'est sans aucun
doute la raison pour laquelle elle jouit des faveurs des entreprises.
Elle présente cependant l'inconvénient de ramener les
problèmes causés par le stress au niveau individuel, évitant
donc toute intervention dans l'organisation même du travail.
Ce
n'est que dans des cas exceptionnels que nous pouvons accepter cette
approche et encore à condition que simultanément soient
prises les autres mesures exposées ci-dessus. L'approche curative
individuelle est donc complémentaire aux autres approches mais
elle ne peut jamais devenir un but en soi. De plus, il faut exiger qu'elle
soit soumise à l'avis préalable, au contrôle permanent
et le cas échéant à l'intervention des représentants
des travailleurs.
6.5.
Evaluation
L'évaluation des mesures mises en œuvre par le Conseil d’entreprises,
le Comité pour la prévention et la protection au travail
et la délégation syndicale, est la dernière étape,
tout aussi
importante, de notre plan de lutte contre le stress. L'évaluation
doit d'abord vérifier si les objectifs que l'on s'est fixés
ont été réalisés. Si tel est le cas, l'on
peut examiner les mesures qui seront nécessaires pour consolider
les résultats obtenus.
En
revanche, si les objectifs n'ont pas été atteints, il
faudra rechercher les causes de l'échec. Il y a grosso modo deux
possibilités : soit les objectifs formulés ne sont pas
bons en raison d'une analyse fautive du problème, soit les mesures
convenues n'étaient pas adaptées ou n'ont pas été
(bien) exécutées. Evidemment la mauvaise volonté
de l’employeur peut également en être la cause !
Dans
les deux cas, il faut retourner à la case de départ, c'est-à-dire
qu'il faut établir un nouveau plan selon le système que
nous venons d'exposer.