Brochures > Stress : agir pour le bien-être au travail

3. Le stress au travail : un problème ?

Pour la FGTB, le stress est avant tout un problème lié à l’organisation du travail. Nos membres, nos militants, nos délégués ne manquent pas de nous lancer fréquemment des signaux à cet égard. Plusieurs études présentent une vue relativement claire (mais effarante) de la nature et de l'ampleur du problème du stress en Europe et aux Etats- Unis.

3.1. Stress au travail & Cie

La 2e étude européenne concernant les conditions de travail en Europe conclut à l'existence d'une relation évidente entre la présence de mauvaises conditions de travail et la naissance de stress. Ces deux facteurs se renforcent réciproquement, ce qui accentue encore l'ampleur du problème.

Dans l'Union européenne (Paoli, 1997), 46% des 147 millions de travailleurs effectuent un travail monotone et 44% déclarent même ne connaître aucune variation dans le travail. La moitié des travailleurs sont contraints de répéter les mêmes gestes à une cadence élevée tandis que 35% n'ont pas la possibilité de déterminer eux-mêmes le rythme de travail (imposé par la machine par exemple). Plus de la moitié des travailleurs (54%) déclarent devoir travailler à des cadences (trop) élevées, tandis que 56% sont confrontés jour après jour à des échéances strictes et précises.

Loin de nous d'affirmer que chacune des situations précitées engendre du stress au travail ou rend malades les travailleurs concernés. Toutefois, il n'y a pas que le travail stressant qui rend malade. A cet égard, nous rappelons les risques classiques tels le bruit, les vibrations, les substances et préparations chimiques dangereuses*, qui sont toujours à l'origine de nombreux accidents de travail et de maladies professionnelles.

* La FGTB a déjà publié des brochures sur les deux sujets. Vous pouvez les consulter sur le site web de la FGTB : www.fgtb.be !

En Belgique, il n'existe pas de statistiques officielles au sujet du stress. Swinnen et Moors (1994) fournissent cependant la preuve secondaire de l'existence de stress au travail dans notre pays tout en établissant une relation intéressante entre le stress au travail et d'autres affections.

Voici leurs principales conclusions :

- Les principales causes d'absentéisme sont : des troubles de l'appareil locomoteur (et notamment les plaintes dorsales) (27,58%), des accidents (16,95%), des maladies infectieuses (11,56%) et le "stress à l'état pur" (10,31%). Les auteurs établissent une relation entre le stress et les trois premières causes (appareil locomoteur, accidents et maladies infectieuses). Fischler (1994) fait également état de la relation entre stress et maladies infectieuses.

- La durée moyenne de l'absentéisme dû au stress s'élève à 186 jours calendrier, soit 51% du nombre de jours de travail perdus pour cause de maladie.

- Le stress coûte 10 milliards de francs à l'INAMI à titre d'indemnités pour incapacité de travail. Il s'agit ici du coût direct car il est impossible de chiffrer le coût indirect (résultant par exemple des prestations diminuées du travailleur avant la maladie).

- Les femmes sont 2,35 fois plus touchées par le stress que les hommes. Il ne faut évidemment pas en déduire que les femmes seraient plus sensibles au stress que les hommes. Le double rôle (éducation des enfants et travaux ménagers) accompli par les femmes joue sans aucun doute un rôle non négligeable dans cette situation. Une autre explication pourrait être que les hommes acceptent plus le stress que les femmes qui considèrent plus rapidement le stress comme anormal.

- Cooper (1997) souligne à cet égard le problème du "présentéisme" : des travailleurs qui en dépit de leur maladie viennent travailler par peur des conséquences de leur absentéisme.

- Si les symptômes de stress sont relativement rares chez les jeunes travailleurs de moins de 30 ans, ils deviennent beaucoup plus fréquents avec l'âge. Là encore, il n'y a pas d'explication simple.

L'explication la plus évidente pourrait être que le stress se produit progressivement et seulement après un seuil déterminé lorsqu'un problème est ressenti.

- Les travailleurs non qualifiés présentent un risque de stress accru par rapport aux travailleurs très qualifiés.

Toujours dans notre pays, Moens et De Wit (1997) ont réalisé une enquête auprès de 3.654 travailleurs occupés dans 9 entreprises ou institutions différentes, notamment sur la relation entre stress et absentéisme pour cause de maladie.

Aux Pays-Bas (Kompier et Marcelissen, 1990), des problèmes psychiques sont la cause principale des réformes médicales.

La problématique a également fait l'objet d'études approfondies en Suède et au Danemark (Levi et Lude- Jensen, 1994). Les conclusions vont toujours dans le même sens : le stress rend malade et constitue un problème important de santé publique !

3.2. Le coût du stress

Se basant sur les résultats de la 1e étude européenne sur les conditions de travail en Europe, Levi et Lude-Jensen (1996) évaluent le coût de l'absentéisme dû au stress en Suède à 4.700 millions EUR, ce qui équivaut au coût de l'absentéisme au Danemark dû à l'exposition au bruit et à des produits cancérigènes.

D'après Karasek et Theorell (1990), le coût total du stress dû à l'absentéisme, pertes de production, dommagesintérêts et assurances maladie et dépenses médicales directes s'élève pour la société américaine à plus de 150 milliards de dollars par mois.

Au Royaume Uni, les calculs effectués par la Health and Safety Executive montrent qu'au moins la moitié des jours perdus sont liés au stress au travail. Cet organisme évalue le coût du stress au Royaume Uni à pas moins de 10% du Produit National Brut (PNB).

L'Agence européenne de la santé et de la sécurité au travail évalue le coût de l'absentéisme dans l'Union européenne de 185 à 269 milliards EUR en 1999. En fonction des Etats membres, ce chiffre varie de 2,6 à 3,8% du PNB du pays concerné.

Si nous admettons que 10% au moins de l'absentéisme est dû au stress au travail, comme l'affirment Levi et Lude- Jensen (1996), son coût peut être évalué à quelque 20 milliards d’euros par an. Comme une grande partie du stress peut être évitée, des motifs tant économiques que politiques et éthiques plaident en faveur d'une approche systématique visant la prévention et la lutte contre le stress.

 
 
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