Brochures > Stress : agir pour le bien-être au travail

2. Le stress : qu'est-ce que c'est ?

2.1. Le stress : une notion multiple

Tout le monde parle du stress, du stress à la maison, du stress au travail. Le stress est sans doute l'un des termes qui est le plus à la mode aujourd'hui.

Classiquement, le stress serait la maladie des managers. Les milieux syndicaux ne le croient plus depuis longtemps: tout le monde peut être stressé à cause de son travail, notamment les travailleurs qui effectuent un travail routiné ou qui n'ont aucune emprise sur la charge de travail (la quantité ou le degré de difficulté du travail) ou sur les cadences.

De plus, certains prétendent qu'il existe du "bon" et du "mauvais" stress, que le stress est "le sel de la terre". Autrement dit : sans stress, la vie serait bien morose et bien monotone. Dans le présent chapitre, nous étudierons ces affirmations. Dans un premier temps, nous analyserons comment naît le stress, quelles réactions biologiques et chimiques il provoque dans le corps humain.

Le vrai défi ne consiste pas à réduire le stress ou la charge de travail, mais à essayer d'améliorer la qualité du travail. Par analogie avec la terminologie employée dans la législation, nous plaidons donc pour améliorer le "bien-être" au travail et à donner à la notion de stress également un contenu syndical.

2.2. Stress et psychobiologie

Au cours des 500.000 années de vie humaine sur terre, la manière dont l'homme travaille n'a en réalité guère varié. Le premier changement s'est produit il y a 10.000 ans à peine, lorsque l'agriculture s'est substituée au nomadisme basé sur la chasse et la pêche. Cette situation a perduré jusqu'au 19e siècle lorsque la révolution industrielle a mis une fin abrupte à ce mode de vie de la grande majorité de la population.

Dans ce point, on explique comment le stress peut rendre un travailleur malade.

Les conséquences en sont connues : une migration massive des zones rurales vers les villes; à l'économie traditionnelle, basée pour une large part sur le troc qui permettait aux gens d'acquérir ce qu'ils ne pouvaient pas produire eux-mêmes, s'est substitué un système de travail humain exécuté en échange d'un salaire (souvent dérisoire). Les militants de la FGTB connaissent la suite de l'histoire : naissance du capitalisme et du libéralisme économique, auquel le monde du travail a répondu par la création du mouvement ouvrier et des syndicats.

Aujourd'hui, on assiste à une nouvelle transition, à savoir de la société industrielle à la société postindustrielle, caractérisée par l'importance de l'économie de l'information, mais aussi par la globalisation, de nouvelles formes d'organisation, et surtout par l'offre surabondante de nouvelles technologies: ordinateurs, robots, biotechnologie, etc.

En comparaison de l'histoire générale de l'humanité, les mutations des dernières années s'opèrent à la vitesse de la lumière.

Il y a 500.000 ans, le stress existait, comme mécanisme de survie lorsque les hommes étaient exposés à des dangers physiques, lorsqu'ils étaient menacés par un animal préhistorique par exemple. Grâce à leurs sens (et leur expérience), ils percevaient le danger, la menace physique, ce qui déclenchait dans leur corps une série de processus chimiques les préparant à l'une des deux réactions possibles: la fuite ou la lutte.

Quel qu’était le choix, le corps de nos ancêtres réagissait toujours de la même manière. Le système nerveux central lançait des ordres, le cœur se mettait à battre plus vite (pour approvisionner les organes vitaux du sang nécessaire) et la respiration s'accélérait pour transporter par le sang l'oxygène suffisante vers les muscles reliés au squelette. Les muscles nécessaires à la lutte ou à la fuite (muscles des bras et des jambes par exemple) recevaient plus de sang, et ce au détriment d'organes moins indispensables à cette réaction.

Pour nourrir le corps des combustibles nécessaires (sucres par exemple), le tronc cérébral produisait des hormones afin de libérer ces combustibles des endroits où ils étaient stockés. Le système digestif était complètement paralysé, assurant la présence d'importantes quantités d'énergie. Un facteur de coagulation était injecté au sang pour en limiter autant que possible les pertes en cas de blessure.

Il s'agissait bien sûr d'un processus naturel et immédiat. Pourtant, le système n'était pas toujours sans faille. En réalité, il y avait pour ainsi dire deux sortes d'ancêtres: ceux qui étaient capables de réagir adéquatement et ceux qui ne l'étaient pas. Les premiers ont survécu, se sont développés et ont peuplé la terre avec leurs descendants qui sont aujourd'hui quelque 6 milliards d'êtres humains. Le résultat logique de ce processus évolutif devrait donc être que nous devrions tous être résistants au stress.

Alors, pourquoi est-ce le contraire qui est vrai ?

La réponse est relativement simple. Aujourd'hui, le corps humain (du moins en des circonstances normales, nous ne parlons donc pas de situations de guerre par exemple), ne doit plus se protéger de la même manière des situations de crise comme lors de l'âge de la pierre. Il existe en effet d'autres manières de se protéger des petits et des grands risques : nous habitons dans des maisons de pierre, nous avons des armes mécaniques pour nous défendre, nous avons la possibilité de faire appel à la police ou aux services de secours.

Par ailleurs, dans notre monde civilisé, on ne résout pas les problèmes en fuyant ou en combattant.

Au contraire, il vaut mieux garder son sang-froid pour vider un problème ou pour le résoudre par la négociation.

Pourtant, les réactions de nos ancêtres sont restées programmées dans notre système génétique et elles le resteront sans aucun doute à plus long terme. Mais comme déjà dit, l'activation de ce système n'a plus d'utilité ou presque et peut même s'avérer nocive. D'après certains médecins, l'explication serait une manière inadéquate de gérer le stress ou même des problèmes de personnalité.

Toutefois, la psychobiologie du phénomène du stress est la même qu'il y a 500.000 ans chez nos ancêtres. Les conséquences pour le corps humain sont restées inchangées et conduisent notamment à une atteinte des vaisseaux sanguins coronaires à la suite d'une double réaction :

  • Une réaction de défense qui accélère la fréquence et le débit cardiaque à la suite d'une augmentation de la production d'adrénaline*.
  • Une réaction de vigilance qui réduit le rythme et le débit cardiaque.

La répétition fréquente de ce cycle épuisera peu à peu la victime du stress, tant sur le plan physique que psychique. Les conséquences physiques sont relativement bien connues : l'adrénaline augmente la concentration d'acides gras libres, du cholestérol et des triglycérides (= forme principale de stockage des acides gras dans le tissu graisseux humain ou animal). L'augmentation du taux plasmatique d'adrénaline accroît les risques d'hypertension, de thrombose, d'arythmie cardiaque et peut même provoquer la mort subite à la suite d'une fibrillation ventriculaire ou d'un infarctus cardiaque.

D’ou l’importance de prendre des petites pauses et le temps pour récupérer pendant le travail !

* Hormone sécrétée par la glande médullo-surrénale et aux extrémités de certains nerfs, dont les effets sont une accélération du rythme cardiaque, une constriction des vaisseaux sanguins de la peau et des intestins, une dilatation des bronches. Cette hormone est sécrétée principalement lorsque le corps se prépare à une activité supplémentaire nécessitée par des situations particulières (comme dangers, émotions, stress).

2.3. Tension, fatigue et surmenage

Chaque travailleur vit des moments de stress pendant le travail. Moments de stress qui normalement disparaissent rapidement. S'ils perdurent plus qu'il ne faut, le repos et la détente pourront contribuer largement à faire face à leurs effets négatifs.

On qualifiera généralement pareille situation de "tension", y compris dans le langage de tous les jours ("je suis tendu aujourd'hui").

Déjà dans ce stade surviennent des problèmes physiques comme maux de tête, vertiges, douleurs dorso-lombaires, battements de cœur. Sont également classiques à ce stade des problèmes de digestion.

Si on ne fait rien pour combattre ces problèmes, on évolue vers un état qualifié de fatigue ou de surmenage. Le travailleur est alors victime d'incapacité de travail, il risque l'isolement social à la suite éventuellement de son licenciement pour absence de longue durée.

Comment tension, fatigue et surmenage peuvent dégénérer en stress est expliqué au point 4.4.

2.4. Le stress : un problème individuel ?

Comme le stress est la conséquence d’une mauvaise organisation de travail, il n’est pas un problème individuel. Si le travail est mal organisé ceci est la responsabilité de l’employeur.

Il existe de grandes différences entre les hommes : des différences d'âge, de sexe, de nationalité, mais aussi des différences physiques et intellectuelles. Les différences sont encore plus importantes quand on parle des aptitudes personnelles, de l'expérience (professionnelle), des besoins et des désirs de l'individu.

Ces différences expliquent les multiples manières de gérer le stress au travail. Elles expliquent aussi pourquoi certaines situations représentent un défi pour un travailleur, alors qu'elles sont source de stress pour un autre.

L'homme peut gérer une source de stress de manière active ou de manière passive. La gestion active vise à prendre en main la situation stressante dans le but de la modifier et d'éliminer les facteurs de stress. Ce comportement revient généralement à ne pas faire certains travaux ou à les confier à d'autres*.

La gestion passive du stress suppose qu'on apprend à dominer, à maîtriser le stress. Par exemple en l'acceptant ou en le considérant comme une fatalité, inhérente au monde moderne. D'autres personnes se réfugieront dans l'utilisation de calmants, d'antidépresseurs, ou se mettront à boire ou à fumer plus "pour vivre avec".

La gestion active du stress est meilleure que la gestion passive, certainement d'un point de vue syndical.

Cependant, la gestion active n'est pas toujours aussi facile. La manière dont nous réagissons au stress ne dépend pas seulement de notre personnalité, mais aussi de la phase de gestion dans laquelle nous nous trouvons.

* Il s'ensuit donc presque automatiquement que le stress n'est pas la maladie des managers. Au contraire, le manager peut déléguer des tâches à d'autres travailleurs. C'est le travailleur qui ne peut plus passer la tâche à un collègue ou à un subordonné qui aura le plus de stress!

2.5. Trois phases

La naissance du stress au travail est un processus composé de trois phases : la phase d'alarme, la phase de défense et la phase d'épuisement. Chaque phase est caractérisée par des réactions physiologiques, des réactions psychologiques et des réactions comportementales. Voici une synthèse des différentes réactions dans la phase de défense et dans la phase d'épuisement:

Phase de défense
Phase d'épuisement
Réactions physiologiques
Réactions physiologiques
   
- Accélération du rythme cardiaque, augmentation de la tension artérielle - Hypertension
- Diminution de la fonction intestinale - Plus de cholestérol, douleur à la poitrine
- Meilleur fonctionnement des poumons - Maladie cardio-vasculaires
- Résistance plus grande à la douleur - Asthme, hyperventilation
- Augmentation de l'énergie par une meilleure gestion énergétique - Douleurs à l'estomac, douleurs dorso-lombaires
- Immunité renforcée - Maux de tête, douleurs musculaires
   
Réactions psychologiques
Réactions psychologiques
- Endurance renforcée - Fatigue, surmenage
- Concentration renforcée - Pessimisme
- Créativité renforcée - Problèmes de concentration
  - Insomnie
  - Perturbation des fonctions intellectuelles (ex. faculté de synthèse, pensée abstraite)
   
Réactions comportementales
Réactions comportementales
- Plus grand esprit d'initiative et de créativité - Hostilité à l'égard de l'environnement ambiant
- Augmentation de l'efficacité - Propension à s'isoler (sur le plan social)
- Travailleur disposé à plus grande flexibilité - Consommation accrue d'alcool, de cigarettes
  - Absentéisme

Deux conclusions s'imposent sur base de ces constatations.

Tout d'abord, l'approche du problème du stress au travail devra tenir compte des différences individuelles entre les travailleurs.

Ensuite, et il s'agit là d'une conclusion bien plus importante: il faut éviter de considérer le stress comme un problème individuel. Le défi syndical consistera donc à éliminer les facteurs stressants.

Nous reviendrons sur ce problème au chapitre 6.

2.6. Bon ou mauvais stress ?

On entend souvent dire qu'il existe du bon et du mauvais stress. Qu'en est-il ?

Le stress continue d'être un important signal d'alarme dans la vie quotidienne. Certes, la nature et l'ampleur des risques physiques ont fondamentalement changé, mais sans le stress, l'homme d'aujourd'hui ne réussirait pas à survivre longtemps. Imaginez-vous ce qu'il se passerait si votre corps n'avait pas de réaction de stress au moment où vous traversez un passage pour piétons et que vous remarquez soudain qu'une voiture brûle le feu rouge.

Le stress peut également se produire au travail, ce qui est beaucoup plus problématique. Quand un stress se produit, il ne reste alors que deux possibilités : fuir ou lutter.

On peut fuir de deux manières : on peut minimiser, ignorer voire nier complètement le problème ou bien on peut recourir à toutes sortes d'expédients qui n'offrent aucune solution, certainement pas à moyen et à long terme.

Il est malheureux de constater que de nombreux travailleurs choisissent par la force des choses cette dernière option. Il ne faut dès lors pas s'étonner que la Belgique soit un pays où les médecins prescrivent des quantités incroyables de calmants et de somnifères. D’autres recherches dans les thérapies individuelles une solution.

D'un point de vue syndical, fuir le stress au travail n'a donc aucun sens. Ce qu'il faut faire, c'est combattre le stress, et cela peut se faire de différentes manières également.

Bien sûr, faire du sport, c'est toujours bon, mais le sport ne contribue pas à combattre le stress et encore moins à le prévenir.

Pour la FGTB, « le bon stress» n’existe pas !

On peut aussi apprendre à gérer le stress dans le cadre de toutes sortes de méthodes scientifiques ou non. Cette option peut apporter quelque amélioration à court terme, mais n'offre aucune solution à plus long terme. Qu'on le veuille ou non, ces réactions au stress restent des emplâtres sur une jambe de bois.

Au bout du compte, il n'y a qu'une seule réaction vraiment efficace au stress au travail : en dépister les causes pour ensuite les éliminer.

Bon nombre d'employeurs affirment que le stress au travail est inévitable, voire indispensable. Il y a même des managers qui utilisent le stress pour optimaliser la compétition entre les travailleurs au seul profit de l'entreprise (et donc des actionnaires). Les travailleurs qui à la suite de cette compétition infernale tombent malades ou ne sont plus capables de suivre le rythme, sont évincés ou envoyés en congé de maladie. Les employeurs soi-disant progressistes qui à première vue sont préoccupés par le bien-être des travailleurs, mettent à leur disposition des salles de sport dans l'entreprise ou leur offrent l'occasion de suivre des cures de massage avant ou après les heures de travail.

Mener une politique de prévention appropriée est une obligation légale de l’employeur. La réglementation belge à ce sujet est traitée au chapitre 8.

 
 
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