1.
Travailler au 21e siècle
En cette fin du 2ème millénaire, nous sommes certains
d’une chose, c’est qu’il n’y a plus de certitudes.
Il en va de même en ce qui concerne l’organisation du travail.
L’accélération
de l’économie conduit à l’existence de tensions
qui rendent le climat économique incertain.
Le
passé nous a appris que la situation économique peut basculer
du jour au lendemain. Les employeurs n'opposent souvent qu'une réponse
unique à ce problème : accroître la flexibilité
sur le temps de travail, la rémunération, l'organisation
du travail, le statut des travailleurs, leur contrat de travail, etc.
La
diminution des charges salariales constituent un autre cheval de bataille
des employeurs. Les coûts salariaux élevés conduisent
à produire avec un nombre restreint de travailleurs. Résultat
: dans nombre d'entreprises ou d'institutions, le rythme de travail
n'a jamais été aussi élevé.
1.1.
Quelques constats frappants
Selon la deuxième enquête européenne sur les conditions
de travail dans l'Union européenne, réalisée en
1996 par la Fondation européenne pour l'amélioration des
conditions de travail et de vie, la qualité du travail régresse
considérablement (Paoli, 1997).
La
manière dont le travail est organisé évolue à
une vitesse vertigineuse. Le passage d'une économie de production
à une économie postindustrielle est la face la plus visible
de cette mutation qui modifie le contenu des tâches des travailleurs.
Comme
tendances frappantes de cette mutation nous notons l'importance croissante
du recours aux nouvelles technologies (un tiers des travailleurs utilisent
un ordinateur, ce qui provoquent des désordres musculosquelettiques)
et une attention plus grande pour les relations avec les clients.
Le
FGTB a rédigé en 1998 une brochure sur la problématique
des désordres musculosquelettiques. Vous pouvez la consulter
sur notre site web: www.fgtb.be
Autres
constats importants :
-
Le travail répétitif et monotone est très fréquent
(37% des travailleurs font un travail répétitif, 45% accomplissent
des tâches monotones).
- Le
travail cadencé est fréquent.
- L'autonomie
de travail (= la possibilité pour le travailleur de prendre lui-même
des décisions) s'accroît.
-
Le recours aux technologies s’accroît : 38 % des travailleurs
utilisent déjà un ordinateur ou l'une ou l'autre application
informatique.
-
32% seulement des travailleurs déclarent avoir pu suivre au cours
des 12 derniers mois une formation suffisante pour exécuter convenablement
leur travail.
-
La violence au travail n'est plus un phénomène marginal:9%
des travailleurs déclarent en être ou en avoir été
victimes.
-
La manière dont le travail est organisé continue d'être
subordonnée à d'importantes contraintes : irrégularité
des heures de travail, travail posté, travail de nuit.
1.2.
Risques : anciens ou nouveaux ?
Grâce à l’action syndicale, la qualité du
travail s’est améliorée au cours de la dernière
décennie. Toutefois, des travailleurs sont toujours exposés
à des risques qui menacent leur bien-être tant physique
que psychique.
Outre
la subsistance d'un important nombre de risques classiques dans le milieu
de travail (bruits, vibrations, température,…), l'évolution
technologique des dernières années a engendré de
nouveaux risques aux conséquences méconnues.
De
plus, les nouvelles formes d'organisation du travail accentuent les
risques pour la santé et la sécurité. La concurrence
accrue entre les différents employeurs a pour conséquence
que le travailleur doit être extrêmement flexible pour répondre
aux moindres souhaits de l’employeur.
Les
différentes formes de flexibilité renforcent la compétition
entre les travailleurs, surtout entre ceux qui font partie du "noyau
dur" des travailleurs stables et ceux qui sont confinés
dans des statuts et des conditions de travail précaires. Il y
a en effet une menace de marginalisation, d'insécurisation des
conditions de travail et d'insuffisance de la surveillance médicale.
Enfin, l’organisation flexible du travail modifie considérablement
la vie familiale.
Ces
tendances vont se consolider à l'avenir. De plus, la PMIsation
du paysage économique ne fera qu'accentuer les problèmes.
En Belgique, 1 salarié sur 2 occupés dans le secteur privé
travaille dans une entreprise comptant moins de 50 travailleurs et 1
travailleur sur 3 est occupé dans une entreprise comptant moins
de 20 travailleurs. Dans ces entreprises où l'employeur peut
assurer lui-même le rôle de conseiller en prévention,
les travailleurs sont généralement privés de protection
contre les risques qui menacent leur santé. Aussi, les options
prises par le législateur belge sous la pression de l'évolution
au niveau européen et qui consiste à confier en finale
l'appréciation des risques aux entreprises mêmes soulève
d’importantes interrogations.
L’apparition
de nouveaux risques pèsent sur la santé des travailleurs.
1.3.
Vers une nouvelle conception de la politique de prévention
Pour
affronter tous ces défis, une nouvelle politique de prévention
doit voir le jour. Elle doit répondre aux conditions suivantes
:
-
Couvrir toutes les activités, s’adresser à toutes
les entreprises, grandes, moyennes et petites, ainsi qu'au travail
à domicile et au travail à distance.
-
Suivre une hiérarchie des priorités.
- Reposer
sur une évaluation des mesures prises jusqu’à présent.
Avant
de développer pareille méthode, il est indispensable
de procéder à une évaluation, tant dans notre
pays que sur le niveau européen, voire sur le plan mondial.
Cette évaluation doit se faire en étroite concertation
avec les interlocuteurs sociaux.
Dès
à présent certains enseignements apparaissent : de nombreux
services de prévention ne sont pas adaptés à
la lutte contre les risques qui menacent l'intégrité
physique et psychique des travailleurs, il est difficile et de combattre
un grand nombre de risques, notamment parce que l'approche classique
des services de prévention existants n'est plus appropriée
à la situation sur le terrain.
Quelques exemples à titre d'illustration :
-
Les risques classiques d’accidents du travail (par exemple : chute
d’un échafaudage) persistent dans l’industrie.
-
Les risques liés aux agents physiques (rayons laser, rayons ultraviolets,
champs électromagnétiques,…).
-
Les agents chimiques et biologiques nouveaux ou insuffisamment connus,
les agents cancérigènes, allergènes et neurotoxiques
et plus particulièrement les solvants organiques.
- Les
substances nocives au matériel génétique des travailleurs
(masculins et féminins) et qui de ce fait présentent aussi
un risque pour la santé du fœtus.
- Les
risques pour le système immunitaire et plus généralement
les risques à effets à long terme.
-
Les risques causés par le stress et par la charge mentale et
physique.
Pour
être efficace, la politique de prévention doit aussi
tenir compte qu’à l’avenir les effets des risques
au poste de travail, seront renforcés par des facteurs externes
tels la contamination de notre environnement.
1.4.
Encore plus de flexibilité ?
Le travail à distance est une forme récente d’organisation
de la flexibilité et mérite une attention particulière.
Grâce
aux nouvelles technologies de l’information et de la communication,
le travail intellectuel exécuté au moyen de la bureautique
et de la télématique – connectée en ligne
ou non à un ordinateur central – gagnera en importance
au cours des prochaines années.
Même
s’il répond aux besoins spécifiques de certains
travailleurs, il est synonyme d’accroissement de stress et de
risques :
-
Flexibilité de la durée du travail, des heures de travail
et de la rémunération.
- Recours
au travail à domicile pour échapper à certaines
normes de la législation sociale, à des règles
de santé et de sécurité.
-
Marginalisation de certains travailleurs dans des postes de travail
isolés.
- Risque
d’intervention de l'employeur dans la vie privée et la
vie familiale du travailleur engendrant un stress supplémentaire
en cas de travail à domicile.
Telle
est une série de défis qui nous sont posés à
l'aube du deuxième millénaire. Le travail et le stress
au travail seront sans doute parmi les principaux problèmes du
21e siècle. Plus que jamais, il s'agira d'adapter le travail
à l'homme et à ses facultés.
La
présente brochure tente d'y fournir une contribution modeste.
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